Il a 300 millions d’années et vient d’être identifié à Mines Saint-Étienne sur un échantillon oublié… Baptisé Stephaniella melanocephala, ce poisson lacustre d’une espèce jusqu’alors inconnue apporte de nouvelles connaissances sur l’évolution du vivant. Il met également en lumière la richesse des collections géologiques de l’École, qui pourraient bien renfermer d’autres trésors !
Stephaniella melanocephala se classe dans la famille des aeduellidés : des poissons d’eau douce aux dents en forme de peigne se nourrissant de petits invertébrés. Il mesurait environ 15 cm à l’âge adulte, et était contemporain d’autres animaux disparus, comme la libellule géante Meganeura.
C’était il y a 300 millions d’années, et le bassin stéphanois ressemblait alors à une vaste zone de lacs et marécages entourée de forêt primaire et surplombée de hautes montagnes.
Premier vertébré décrit en détail dans ce bassin, Stephaniella melanocephala apporte de nouveaux éléments sur l’anatomie d’un ancien poisson lacustre. Il permet aussi de mieux comprendre l’évolution des différentes espèces de cette époque.
Une découverte inespérée
Il aura fallu un enchaînement de hasards pour que Stephaniella melanocephala se révèle au grand jour ! Issu de sondages réalisés dans les années 50 à 70, le fossile attendait son heure dans un espace de stockage, au milieu de centaines d’autres échantillons.
Michel Pouzadoux, référent en charge des inventaires, le sort de l’ombre dans le cadre de la reprise du recensement de ces « collections oubliées ». Un travail minutieux qui nécessite d’étudier et catégoriser des dizaines de milliers de pièces…
Ces échantillons, un temps menacés de disparition, suscitent l’intérêt à mesure que l’inventaire avance : « j’ai trouvé de beaux fossiles de faune, qui avaient été totalement délaissés au profit de la flore pour l’étude de la biostratigraphie des gisements de charbon. Ce poisson a éveillé mon attention, mais la suite de l’histoire a dépassé tout ce que j’aurais pu imaginer ! »
Michel Pouzadoux décide de solliciter l’expertise de Daniel Gonçalves, étudiant en paléontologie à l’Université de Toulouse, spécialiste des poissons du Carbonifère. Et au fil des analyses, le spécimen dévoile peu à peu des éléments anatomiques d’une espèce jusqu’alors inconnue.
Baptisé Stephaniella melanocephala, il fait finalement l’objet d’une publication officielle dans la revue scientifique internationale Zoological Journal of the Linnean Society (juin 2026), avec l’appui de Vincent Luccisano, paléontologue au centre de recherche en paléontologie de Paris (CR2P), CNRS, MNHN, SU.
Pour Ségolène Courant, responsable des collections de Mines Saint-Étienne, « c’est une découverte extraordinaire, qui apporte une reconnaissance nouvelle aux collections et contribue au rayonnement de l’École ».
Il reste encore plus d’un tiers des fossiles à analyser dans les collections de Mines Saint-Étienne. On ne peut donc qu’espérer de nouvelles trouvailles, d’autant que l’examen préliminaire de nombreux échantillons a déjà montré qu’il reste encore une paléofaune diverse à étudier : mollusques, bivalves, crustacés, insectes… avec sans nul doute d’autres belles surprises à la clé.


