Jeune diplômé de Mines Saint-Étienne, cursus Ingénieur Civil des Mines (ICM), Evann Kurzawa a déjà inscrit son nom dans l’histoire de l’exploration spatiale. Il vient en effet de publier ses travaux en tant que premier auteur dans The Astronomical Journal, au terme d’une aventure exceptionnelle au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA qui l’a conduit à identifier les planètes les plus prometteuses pour montrer des signes de vie dans les années 2030.

TRAPPIST-1 d et TRAPPIST-1 e… Ces deux noms désignent deux planètes, identifiées par Evann Kurzawa comme les plus susceptibles de réunir toutes les conditions propices à la vie. Le jeune ingénieur a pu formuler ce résultat après deux ans de recherches au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA. Des travaux qui serviront de base à l’exploitation du Extremely Large Telescope (ELT) ; le plus grand télescope du monde qui entrera en service en 2023.

Aujourd’hui ingénieur chez ArianeGroup, Evann revient sur son parcours exceptionnel.

Peux-tu nous présenter ton parcours ?

Après un bac S, j’ai fait une classe préparatoire Physique Chimie au lycée du Parc à Lyon, puis j’ai intégré Mines Saint-Étienne. J’ai commencé à travailler sur des projets spatiaux concrets dès la première année, avec la construction d’une fusée avec un ami de promotion, Aldric Parent, pour un concours national.

Nous avions un an pour la concevoir et la construire, puis la tirer depuis une base militaire. La fusée a réussi son vol et sa mission, et nous avons beaucoup appris. En 2e année, j’ai repris la présidence légale de l’association Mines Space, et j’ai démarré mes travaux à la NASA en Juin 2024.

Je les ai continués lors d’une césure l’année suivante, durant laquelle j’ai aussi travaillé 6 mois à l’Agence Spatiale Européenne, en Allemagne.

J’ai notamment eu la chance de participer, depuis la salle de contrôle, aux opérations de lancement et de mise en orbite d’un satellite. C’était une expérience absolument unique.

En 4e année, j’ai fini mes études à Centrale Lyon et j’ai démarré un stage à ArianeGroup, tout en continuant mes travaux de recherche. J’ai été embauché récemment chez Ariane pour travailler sur les manœuvres de vaisseaux spatiaux en orbite.

Comment s’est passé ton stage au Jet Propulsion Laboratory de la NASA ?

Le centre NASA JPL est impressionnant. C’est un concentré d’innovation et d’histoire. Les Américains l’appellent, avec grande modestie, le « Centre de l’Univers », parce que c’est depuis ce centre qu’est coordonné le réseau de communication qui permet de garder le contact avec de nombreuses sondes spatiales à travers le Système solaire.

Y travailler est agréable et très stimulant, parce que des esprits venus du monde entier s’y retrouvent pour étudier des sujets très variés, mais tous centrés sur l’exploration, la découverte, et l’espace. Pour moi, ça a été une expérience très marquante, qui m’a conforté dans mon envie de faire carrière dans le spatial.

En quelques mots, mon travail était de déterminer les exoplanètes (planètes hors du Système Solaire) que l’on devrait observer avec le futur plus grand télescope optique au monde, pour maximiser nos chances de découvrir des traces de vie extraterrestre.

C’était un sujet qui intéressait déjà la communauté scientifique, avec des observations envisagées à l’horizon 2030, mais sur lequel il restait encore beaucoup de travail à faire. Mes encadrants m’ont donc proposé de m’y consacrer, et c’est comme ça que mon projet de recherche a commencé !

Ton travail a fait l’objet d’une publication scientifique officielle : peux-tu nous en dire deux mots ?

Avec plaisir ! À l’origine, je partais pour un stage de 2e année à la NASA, avec pour objectif de faire avancer ce sujet de recherche. Mais une semaine avant de rentrer en France, j’ai obtenu un premier gros résultat. J’ai couru le montrer à mes supérieurs ! … Ils m’ont alors proposé de poursuivre les travaux à distance, avec des réunions chaque semaine, et avec l’objectif de publier les résultats une fois le projet abouti.

Ce que je croyais court a alors duré plus de deux ans de travail continu, en plus de mes études et de mes autres expériences professionnelles. Puis, au terme de ces deux années, nous avons conclu sur une liste des exoplanètes à observer à partir de 2030, pour maximiser nos chances de trouver des traces atmosphériques de vie.

Ces planètes sont habitables, et nous avons montré que, pour certaines d’entre elles, des campagnes d’observation réalistes pourraient permettre de trouver des « biosignatures » (traces potentielles de vie).

La NASA a ensuite proposé de prendre en charge les frais de publication en accès libre, qui peuvent atteindre plusieurs milliers de dollars dans les revues scientifiques. Nous avons finalement travaillé avec l’éditeur pendant plusieurs mois avant que l’article soit publié.

Aujourd’hui, mes travaux sont disponibles dans The Astronomical Journal et accessibles à tous !

La recherche spatiale… c’est un rêve d’enfant ?

Je me souviens qu’en quatrième, mon professeur de physique nous avait expliqué que la matière était constituée de particules invisibles à l’œil nu, et que tout ce qui nous entoure était fait de ces mêmes constituants. Cette idée m’avait beaucoup marqué. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai vraiment eu envie de comprendre comment le monde fonctionnait, et que j’ai su que je voulais étudier les sciences.

Plus tard, je me suis particulièrement intéressé au spatial, parce que c’est un domaine qui touche à certaines des plus grandes inconnues de notre connaissance. L’Univers nous entoure, mais on en sait finalement très peu à son échelle. Et ce qui me fascine, c’est que plus on découvre de choses, plus on réalise qu’on ne sait rien.

C’est ce mélange de mystère, de découvertes et de questions encore sans réponse qui m’a complètement passionné. Aujourd’hui, je sais que c’est un domaine dans lequel j’ai envie de m’investir sur le long terme, et auquel j’aimerais consacrer ma vie professionnelle.

Maintenant que tu es diplômé de Mines Saint-Étienne, quels sont tes projets pour la suite ?

Je viens tout juste de rejoindre ArianeGroup en tant qu’ingénieur. Je pense y rester quelques années pour approfondir mes connaissances sur les lanceurs et les véhicules spatiaux, et gagner en expérience. En parallèle, je continuerai peut-être à travailler sur les exoplanètes habitables, si j’en ai l’occasion.

Au fond, que ce soit en construisant des véhicules pour aller dans l’espace ou en cherchant à mieux comprendre les mondes qui s’y trouvent, l’idée reste la même : contribuer, à mon échelle, à explorer un peu plus cet Univers qu’on connaît si peu.

Merci Evann d’avoir partagé ton expérience, qui inspirera peut-être d’autres élèves-ingénieurs de Mines Saint-Étienne !

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