Enseignante-chercheuse au centre SMS (Science des matériaux et des structures), Renée Charrière travaille sur les propriétés optiques et colorimétriques des matériaux et nous présente sa collaboration avec l’entreprise C2RPC.
Pouvez-vous nous expliquez votre recherche ?
Je suis ingénieure en optique, je travaille sur les propriétés optiques et thermiques des matériaux. Depuis septembre 2014, je suis maitre de conférences à Mines Saint-Étienne et j’encadre le travail de doctorants chaque année.
Avec quels types d’entreprises travaillez-vous ?
Mes recherches sur les propriétés optiques des matériaux me permettent de travailler dans différents domaines allant des matériaux pour l’industrie du luxe au camouflage infrarouge en passant par le design : j’ai par exemple travaillé avec une doctorante sur le vieillissement de la coloration des matériaux pour en faire une valeur ajoutée.
Mon expérience de recherche m’ouvre aujourd’hui aussi au domaine de l’art et de la conservation. J’encadre la thèse de Léa Viard et nous travaillons avec Gabriel Bernard, conservateur, restaurateur et fondateur de l’entreprise C2RPC.
Avez-vous un exemple concret de collaboration réussie avec une entreprise ?
C’est Gabriel Bernard, lui-même, qui nous a contacté car il recherchait un expert dans la caractérisation optique des bleus du peintre Yves Klein. Collaborer avec C2RPC, une entreprise de conservation et de restauration d’œuvres d’art, est une première pour moi.
Le bleu Klein est un procédé déposé en 1960 à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) par le plasticien Yves Klein. Il associe le bleu outremer synthétique à un liant choisi avec l’aide du marchand de couleurs Édouard Adam.



La finalité de nos travaux est de mieux conserver les œuvres fragiles de Klein qui ne mélangeait que très peu de liant avec le pigment bleu. La peinture est donc très pulvérulente et notre travail avec CR2PC est de comprendre comment conserver/restaurer ces œuvres tout en gardant le même aspect visuel.
C2RPC a réalisé des échantillons caractéristiques des techniques employées par Yves Klein pour que nous les caractérisions, c’est-à-dire pour que nous quantifiions leurs propriétés optiques. A l’œil, on remarque que certains échantillons sont plus brillants et notre objectif et d’expliquer pourquoi. On doit relier les paramètres du matériau à ses propriétés optiques pour expliquer les différences visuelles.
On fait des mesures de brillant, de couleur mais aussi de réflectivité bidirectionnelle (quantité de lumière réfléchie par un matériau dans une direction donnée).
Notre objectif est aussi de développer un dispositif de caractérisation sans contact. Lorsqu’on mesure le brillant d’un matériau, on doit malheureusement le toucher. L’appareil de mesure est posé dessus, ce qui n’est pas idéal pour la conservation d’œuvres d’art.
Nous avons pu également avoir de premiers contacts avec le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne et le Centre Pompidou pour de futures mesures directement sur des œuvres d’art.