« J’admire particulièrement les femmes qui se battent pour leurs droits. »
Margot est étudiante à Mines de Saint-Étienne en partenariat avec l’ISTP. Elle effectue son parcours en alternance chez Unither Pharmaceuticals pour se spécialiser en performance énergétique.
Cette élève de 21 ans fait partie du programme Ambassadrices de l’IMT et de la Fondation Mines-Télécom qui vise à promouvoir les parcours scientifiques auprès des jeunes filles. A travers ce portrait, nous allons revenir sur son parcours qui révèle qu’il existe encore de nombreux freins à la féminisation de l’ingénierie. Mais aussi des moyens d’y mettre fin.
Quel modèle féminin pour les jeunes femmes dans la science ?
Aujourd’hui, 1 étudiante sur 3 est découragée de faire le choix des études scientifiques. D’après l’Etudiant, les deux principales sources de découragement sont la famille et les enseignants. Ces derniers sont cités par 60% des étudiantes « comme principaux acteurs de dissuasion ». Les chiffres sont plutôt alarmants notamment en France où les diplômées de filières scientifiques diminuent de plus en plus alors qu’en Europe, entre 2013 et 2020, cette proportion augmentait de 19%.
Manque d’encouragement, remarques sexistes, rémanence des stéréotypes, nous avons demandé à Margot comment elle, avait débloqué les freins et cru en ses capacités. Ses réponses soulignent l’importance de l’entourage et des modèles féminins.
« Ma mère est professeure de physique chimie. Quand j’étais petite, elle m’expliquait les changements d’état de l’eau, ce qui m’a donné très tôt le goût des sciences. Mes parents étaient attirés par les sciences. En famille, nous regardions souvent des documentaires scientifiques. Ils ne m’ont pas poussée, mais ils m’ont transmis leur curiosité et leur passion. »



« Je suis surtout inspirée par des scientifiques contemporains, comme des ingénieures et chercheuses travaillant dans l’aérospatial, l’énergie ou les technologies. J’admire par exemple Claudie Haigneré, pour son parcours exceptionnel entre médecine et astronaute. Mais mes plus grands modèles restent souvent des personnes que j’ai croisées dans mon parcours : des professeurs passionnés qui ont eu un impact fort sur mes goûts. »
Margot cite également Malala Yousafzai, militante des droits des femmes pakistanaise et lauréate du Prix Nobel de la Paix 2014. Il est important pour notre ambassadrice de rappeler qu’au-delà de l’ingénierie, il faut défendre l’accès des filles à l’éducation de manière générale.
« Malgré les risques, Malala montre une détermination exceptionnelle. J’admire particulièrement les femmes qui se battent pour leurs droits. »
Rappelons ici que les femmes françaises représentent 56,9% de la population universitaire mais seulement 27,7% d’entre elles sont en école d’ingénieurs.
Comment lutter contre les discriminations de genre dans l’ingénierie ?
En 2020, le Ministère de l’Education rappelait que « les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Elles sont aussi plus nombreuses à obtenir leur baccalauréat avec 86 % de bachelières pour 76 % de bacheliers par génération ». De plus, « les écarts de compétences entre les filles et les garçons dans les matières scientifiques sont faibles. La confiance en soi, les normes sociales et les stéréotypes de genre sont en revanche de plus en plus invoqués comme des facteurs explicatifs prépondérants. » Margot nous parle de blagues lourdes pendant ses études, des remarques misogynes qui peuvent décourager. En 2023, 3 étudiantes sur 10 devaient faire face à des comportements sexistes. Le simple fait d’être une femme peut donc être un frein à l’apprentissage.
En entreprise aussi les discriminations, la sensation de toujours devoir prouver ses compétences et justifier son point de vue existent pour les alternantes. C’est un réel obstacle à la professionnalisation et à l’envie même d’avoir une carrière scientifique.



Les entreprises sont pourtant le lieu où les changements sont possibles. L’Organisation Internationale du Travail souligne qu’une meilleure parité hommes-femmes en entreprise améliore la productivité de 5 à 20%. Dans un précédent article, Ana Cameirao, directrice du centre SPIN à Mines Saint-Etienne, nous rappelait que la diversité était la clé de l’innovation en entreprise. C’est aussi un moyen de répondre aux attentes des jeunes générations plus sensibles à la parité et l’inclusivité.
« Il faut se renseigner autant que possible et surtout ne pas se mettre de barrières. Les filles ont le droit d’être ambitieuses, et il ne faut pas en avoir peur. »
Vers la féminisation de l’ingénierie ?
Pour conclure, malgré la lente intégration des filles et des femmes dans la science, des actions concrètes sont possibles pour féminiser l’ingénierie. Pour Margot, il est grandement question de modèle et d’inspiration :
« Je pense qu’un des principaux leviers est de montrer des modèles féminins : voir des femmes ingénieures et des étudiantes en école d’ingénieurs peut donner envie et aider à dépasser certaines idées reçues.
Il s’agit également de casser les stéréotypes de genre. Les filles ne sont pas plus mauvaises en mathématiques ou en biologie que les garçons, c’est une question de représentation et réappropriation de la confiance en soi.



« Il faudrait également que les filles aient plus confiance en leurs capacités en maths et en sciences. Beaucoup se sous-estiment ; il faut valoriser leur travail dès le plus jeune âge. »
Les écoles d’ingénieurs et les entreprises ont aussi leur rôle à jouer pour attirer et encourager les femmes à poursuivre une carrière scientifique. A Mines Saint-Etienne, le programme Ambassadrices invitent les étudiantes à partager leur expérience et inciter les plus jeunes à s’intéresser aux sciences. Margot Viel nous prouve qu’avec un entourage encourageant et des modèles féminins, les femmes peuvent croire en leurs capacités scientifiques et se faire une place dans l’ingénierie.