L'école

L’École à la pointe des tests sur les masques anti‐covid

Saint‐​Priest‐​en‐​Jarez, 26 mai 2020 (AFP) -

C’est une pre­mière en France : en pleine pan­dé­mie de Covid‐​19, un labo­ra­toire près de Saint‐​Étienne a été cer­ti­fié pour tes­ter l’ef­fi­ca­ci­té des masques chi­rur­gi­caux en uti­li­sant de l’aé­ro­sol patho­gène, une exper­tise seule­ment réa­li­sée dans quelques pays.
Ce test de réfé­rence per­met aux fabri­cants qui obtiennent un bon résul­tat de pré­tendre au mar­quage CE, pour com­mer­cia­li­ser leurs masques dans toute l’Union euro­péenne.
Depuis deux mois, des cher­cheurs de l’École des Mines de Saint‐​Étienne et de l’Université Jean Monnet de Saint‐​Étienne tra­vaillent ensemble dans un labo­ra­toire situé à Saint‐​Priest‐​en‐​Jarez. Leur objec­tif : mettre en ser­vice un banc de mesure pour éva­luer l’ef­fi­ca­ci­té de fil­tra­tion bac­té­rienne des masques chi­rur­gi­caux, c’est‐​à‐​dire leur capa­ci­té à cap­tu­rer des gout­te­lettes d’aé­ro­sol conte­nant des bac­té­ries.
L’Agence natio­nale de sécu­ri­té du médi­ca­ment et des pro­duits de san­té (ANSM) vient de juger leur dis­po­si­tif « conforme » aux exi­gences euro­péennes et d’un « inté­rêt majeur » en pleine pan­dé­mie, selon un cour­rier des­ti­né aux cher­cheurs.
Saint‐​Étienne est actuel­le­ment « le seul éta­blis­se­ment » en France capable de réa­li­ser un tel test « à l’ins­tal­la­tion com­plexe », a pré­ci­sé l’ANSM à l’AFP.
Et ce alors que l’im­por­ta­tion et la pro­duc­tion en France de masques de pro­tec­tion contre le nou­veau coro­na­vi­rus ont aug­men­té, entraî­nant une demande accrue de tests, « soit pour véri­fier des pro­duits, soit pour éta­blir des per­for­mances de nou­veaux pro­duits », a‑t‐​elle sou­li­gné.
- Aérosol conte­nant du patho­gène -
L’expertise, seule­ment réa­li­sée dans une poi­gnée de pays, est « rare » car elle uti­lise de l’aé­ro­sol conte­nant du patho­gène, plus pré­ci­sé­ment des bac­té­ries de sta­phy­lo­coque doré, explique Jérémie Pourchez, direc­teur de
recherche à l’École des Mines de Saint‐​Étienne.
« La pre­mière chose à tes­ter, c’est si le masque est capable d’ar­rê­ter les gout­te­lettes » d’aé­ro­sols, comme les pos­tillons. Si oui, une « bonne par­tie » des patho­gènes est fil­trée.
Mais « au fur et à mesure » que le masque arrête ces gout­te­lettes, « un dépôt de patho­gènes » se forme sur le masque, relève Jérémie Pourchez. Et « lorsque vous res­pi­rez, vous pou­vez aspi­rer une par­tie de ces patho­gènes », qui sont « soit des bac­té­ries, soit du virus », et qui sont beau­coup plus petits que les aéro­sols.
D’où l’im­por­tance d’un test mêlant aéro­sols et patho­gènes, pour bien éva­luer les « deux grands méca­nismes de péné­tra­tion ». Dans son labo­ra­toire, l’é­quipe de cher­cheurs a fait une démons­tra­tion à l’AFP.
Le masque chi­rur­gi­cal est pla­cé entre un géné­ra­teur d’aé­ro­sols patho­gènes et une sorte de filtre, appe­lé impac­teur à cas­cades. Cet impac­teur est com­po­sé de six étages, cor­res­pon­dant cha­cun à une taille de par­ti­cules.
Le but du test : com­pa­rer le nombre d’aé­ro­sols patho­gènes qui par­viennent à tra­ver­ser le masque, au nombre d’aé­ro­sols patho­gènes pré­sents quand il n’y a pas de masque.
Première étape : le géné­ra­teur dif­fuse des par­ti­cules d’aé­ro­sol conte­nant du patho­gène pen­dant une minute.
Deuxième : le scien­ti­fique démonte les six étages de l’im­pac­teur à cas­cades et récu­père six boîtes. Si des par­ti­cules ont réus­si à tra­ver­ser le masque, on les retrouve dans ces boîtes.
Ces boîtes sont ensuite pla­cées une jour­née dans un incu­ba­teur, pour per­mettre la pro­li­fé­ra­tion des colo­nies bac­té­riennes éven­tuelles, qui forment alors de petits points.
- 60 masques tes­tés -
Sans le masque, « on voit beau­coup de points » sur la boîte cor­res­pon­dant aux par­ti­cules de deux à trois microns, montre Jérémie Pourchez. Au contraire, avec le masque, aucun : « aucune bac­té­rie patho­gène n’est pas­sée ».
Mais autour d’un micron : deux points visibles. « C’est la zone de taille où la fil­tra­tion com­mence à être moins per­for­mante », explique le scien­ti­fique.
Pour s’as­su­rer que l’ex­per­tise est fiable, le test est répé­té sur au moins cinq des masques pro­duits par un même fabri­cant.
Si les masques obtiennent un bon pour­cen­tage total de par­ti­cules arrê­tées par rap­port à l’es­sai sans masque, le fabri­cant peut uti­li­ser ce résul­tat pour démon­trer sa confor­mi­té au mar­quage CE.
Ces dis­po­si­tions sont valables « dans le contexte de la crise » sani­taire, a pré­ci­sé l’ANSM à l’AFP. « A terme », l’é­qui­pe­ment de Saint‐​Étienne devra être sou­mis à une autre pro­cé­dure d’ac­cré­di­ta­tion.
Les cher­cheurs, qui disent avoir tes­té 60 masques pour l’État et des indus­triels, sur un rythme de deux à trois par jour, espèrent trou­ver les fonds pour mul­ti­plier leurs capa­ci­tés, afin notam­ment d’a­na­ly­ser les masques grand public en tis­su.
Ces masques grand public « fonc­tionnent très bien » pour fil­trer 70 à 90% des par­ti­cules de l’ordre de trois microns, a dit à l’AFP Paul Verhoeven, méde­cin cher­cheur à l’u­ni­ver­si­té de Saint‐​Étienne. Mais « l’i­dée est de voir s’ils peuvent satis­faire la norme des masques chi­rur­gi­caux », qui filtrent à 95% ou plus.

clw/​ag/​or
Afp le 26 mai 20 à 12:24.