1816-2016 - Bicentenaire

Roussel-Galle : le directeur qui ne voulait pas venir!

Le 20 août 1835, l’École perd son fondateur et directeur, Louis-Antoine Beaunier. Dans la pratique, c’est Antoine Delsériès, ingénieur des mines en chef de l’arrondissement de Saint-Étienne, qui s’occupe de la gestion quotidienne de l’établissement avec le titre de sous-directeur. Par arrêté du ministre de l’Intérieur en date du 30 novembre 1835, la direction de l’École des mineurs est séparée du service des mines de l’arrondissement de Saint-Étienne et forme un service spécial. Le cumul de ces fonctions devient impossible, car chacune s’est fortement développée depuis 1816. Delsériès conserve ses fonctions à la tête de l’arrondissement, et Claude François Xavier Roussel-Galle devient le nouveau directeur de l’École.

Mais le nouveau directeur ne se précipite pas pour rejoindre son poste alors qu’il est ingénieur en chef de l’arrondissement minéralogique de Chaumont (Haute-Marne). Il s’en suit une riche correspondance entre lui et le directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines.

Le 12 décembre 1836, Roussel-Galle écrit à Paris pour obtenir un délai d’un mois supplémentaire, afin de ne partir qu’à la fin du mois de janvier. Il demande une précision pour savoir si sa nouvelle affection est temporaire ou définitive, et explique qu’il a des affaires qui ne peuvent être réalisées que depuis Chaumont. Il évoque la nécessité de faire un inventaire pour son successeur, dans l’intérêt de son arrondissement. La direction générale des Ponts et Chaussées et des Mines « accorde volontiers ce délai ». Mais le nouveau directeur ne prend toujours pas son poste.

Le 18 mai 1836, alors que Roussel-Galle est toujours à Chaumont, le directeur général fait part de sa surprise et enjoint au nouveau directeur de s’expliquer. Dans un autre courrier, il a exprimé le souhait que Roussel-Galle mette le même zèle et dévouement à l’École des Mineurs que dans sa volonté à vouloir terminer ses travaux en prolongeant son séjour à Chaumont au-delà des délais. Malgré tout, le 26 décembre 1836, il est promu à la première classe.

Le 6 février 1937, tout en reconnaissant que son « temps a été utilement employé pour le service » de Chaumont, le directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines désire qu’il ne tarde pas davantage à prendre possession de ses nouvelles fonctions.

Alors qu’il devait venir à la fin mars à Saint-Étienne, le 23, il demande au directeur un nouveau délai. La réponse ne se fait pas attendre. Le 29 mars 1937, le directeur rejette sa demande expliquant que les motivations développées sont insuffisantes et ne peut « aucunement s’expliquer le peu d’empressement que vous mettez à prendre possession d’un poste honorable ». Puis il menace de le considérer comme démissionnaire s’il n’a pas pris son poste à Saint-Étienne au 15 avril.

Dans un mot plus personnel, le directeur souhaite comprendre sa réelle motivation et lui rappelle qu’« il est sans exemple […] qu’un ingénieur désigné pour un poste aussi important apporte pareil retard à en prendre possession. » Difficile de savoir pourquoi Roussel-Galle ne veut pas quitter pas son premier poste. Le poste ou la ville ne l’attirerait-il pas ?

Finalement, en avril 1837, le directeur consent à lui accorder ainsi qu’il le désire un délai de rigueur avec obligation de le contacter depuis son nouveau poste à Saint-Étienne (voir lettre ci-jointe).

Plus de dix-huit mois après sa nomination, le directeur n’a toujours pas pris ses nouvelles fonctions à l’École des Mineurs de Saint-Étienne. Delsériès assure l’intérim pendant ce temps.

Finalement, Roussel-Galle prit ses fonctions de directeur en 1837. Son dévouement envers l’École ne fit plus de doute et il quitta son poste le 7 février 1852, lorsqu’il fit valoir ses droits à la retraite.

Extrait d’une lettre de rappel de l’administration envers Roussel-Galle, Archives Départementales de la Loire
Extrait d’une lettre de rappel de l’administration envers Roussel-Galle, Archives Départementales de la Loire

Quelques éléments biographiques

On connait peu de choses sur cet homme et l’on ne dispose toujours pas de son portrait.

Né à Vitreux (Jura), le 7 octobre 1788, Claude François Xavier Roussel-Galle intègre l’École polytechnique en 1806 et en sort diplômé en 1808. Puis il rejoint l’École des Mines du Mont-Blanc de 1809 à 1811.

Aspirant, il est nommé à un poste d’ingénieur ordinaire à la 19e station de Chaumont (Haute-Marne), dans le 10e arrondissement minéralogique (Dijon). C’est à ce poste qu’il est promu ingénieur des mines en chef de 2e classe le 25 octobre 1833, puis de 1re classe le 26 décembre 1836.

Il décède le 27 août 1870.

Un directeur impliqué

Après la disparition de son créateur, l’École était à la recherche d’un second souffle. Pendant le directorat de Roussel-Galle, l’École des maitres-mineurs d’Alais, créée en 1843, vint perturber le rôle de l’École des mineurs de Saint-Étienne. Sans pouvoir égaler l’École parisienne, elle cherchait à se démarquer d’Alais en se réaffirmant comme une école d’ingénieurs.

Roussel-Galle et le conseil de l’École cherchèrent à améliorer l’enseignement : en rejetant les bases mathématiques aux conditions d’admission, cela permit de dégager du temps pour d’autres matières. La volonté de Roussel-Galle était de parvenir à une formation d’ingénieur en trois années, mais il ne réussit pas à convaincre l’administration.

Il connut des difficultés à faire respecter aux élèves les délais de remise du mémoire de fin d’études, ce qui n’était pas étonnant, car l’atout de l’École des mineurs résidait dans la qualité de son enseignement et non dans la réputation d’un brevet dévalorisé. Les élèves étaient embauchés sans le brevet, certains connurent une brillante carrière en abandonnant même leurs études. Ainsi Auguste Jouve (1840-42) arrête ses études, mais fait une belle carrière à Craponne en Haute-Loire et devient député de ce département ; Jacquet (1848-50) est exclu pour ne pas avoir remis son mémoire de voyage (un des problèmes de l’enseignement à l’époque), mais dirige les mines et usines de La Voulte en Ardèche ; Claude Hyvernat n’a pas de brevet, car ses notes ne sont pas suffisantes, mais il fut directeur d’usine, de mines, journaliste… En parallèle, l’équipe enseignante, elle aussi, fut soumise aux sirènes de l’industrie. Malgré la grande qualité de certains professeurs, tel Louis Emmanuel Grüner, une grande instabilité s’instaura dans le professorat, sans compter des révocations du corps des mines, et donc la suspension de leur poste de professeur, pour des motifs personnels ou politiques douteux. En revanche, il put compter sur d’anciens élèves très talentueux pour assurer la continuité de l’enseignement comme Janicot et Luyton. Malgré sa tentative pour relancer la classe ouvrière, l’organisation de ces cours ouverts aux ouvriers et mineurs fut abandonnée.

Cours de la classe ouvrière : ticket d’entrée et carte de prix – Archives Départementales de la Loire
Cours de la classe ouvrière : ticket d’entrée et carte de prix – Archives Départementales de la Loire

Son action de directeur est surtout marquée par le déménagement de l’École, qui quitta son emplacement locatif originel, pollué par le développement de la ville, pour une belle propriété sur la colline Chantegrillet, surplombant Saint-Étienne. L’espace disponible permit le développement futur de l’École : augmentation du nombre d’élèves, accueil de la troisième année et création de laboratoires.

Le château de Chantegrillet et ses annexes
Le château de Chantegrillet et ses annexes

Le « Prix Roussel-Galle »

L’École des Mines de Saint-Étienne a longtemps attribué des prix, comme le prix Danton ou le prix Roussel-Galle. Ce prix est issu du legs de la veuve du directeur Roussel-Galle à l’École d’une rente annuelle de 150 francs (un mois de salaire) en souvenir de son mari.

Le prix revenait chaque année à l’élève le plus méritant. Le legs a lieu en 1892, mais l’arrêté acceptant le legs ne date que du 23 février 1894. En effet, c’est l’État qui reçut le legs et reversait les arrérages. Le prix était toujours attribué avant la Seconde Guerre mondiale, malgré sa non-revalorisation. 

Fiche réalisée par Rémi Revillon (historien) et Hervé Jacquemin (EMSE)

Références

Articles et mémoires de Roussel-Galle

Sur la théorie des roues à augets, des machines à réaction et de celles à colonne d’eau.

Sur l’emploi des siphons à la décantation des eaux des bassins de dépôt des lavoirs à mine et des patouillets.

Bulletin de la Société de l’Industrie Minérale

Article sur Roussel-Galle de Robert Mahl et extrait de l’ouvrage de Anne-Françoise Garçon

http://www.annales.org/archives/x/rousselgalle.html

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