1816-2016 - Bicentenaire

Les premières années de la Société Amicale des Anciens Élèves (1866-1911)

De sa création à son installation à l’hôtel des ingénieurs

Une fête des anciens pour la Sainte-Barbe

Le 8 décembre 1866, d’anciens élèves de l’Ecole des Mineurs de Saint-Etienne, réunis au nombre de 37, décident qu’un banquet annuel serait désormais organisé chaque année dans le but de perpétuer et resserrer les liens qui les unissent déjà. Ils fixent la date du 7 décembre pour l’année 1867 et nomment un comité provisoire d’organisation.

Une première information envoyée en mai 1867 indique cet événement à tous les anciens élèves brevetés et une invitation vient la confirmer en octobre.

Dans cet intervalle, plusieurs des anciens contactés avaient émis l’idée qu’au-delà de cette rencontre amicale, une association pourrait être créée pour venir en aide « à ceux que la fortune ne favorisait pas. »

Une Amicale en chantier

Cette idée fut reprise et on prépara les bases de cette association fraternelle le 16 novembre 1867. Quelques jours après, le 1er décembre, des statuts furent élaborés et présentés le 7 décembre, à 18h, à l’hôtel du Nord, à Saint-Etienne, à l’approbation des 59 présents, réunis en assemblée constituante. La « Société Amicale de Secours des Anciens Elèves de l’Ecole des Mineurs de Saint-Etienne » était née. Elle fut fêtée par un banquet, élut Claude Janicot (promotion 1837-39) comme président et Louis Grüner, ancien directeur, comme président honoraire

Cette société, ouverte aux anciens élèves de l’Ecole brevetés et non  brevetés (justifiant 3 ans d’ancienneté dans l’industrie) affirma d’abord des objectifs essentiellement humanistes tels que créer une caisse de secours au service de ses adhérents, perpétuer des liens de confraternité entre eux et leur procurer le cas échéant une position dans l’industrie.

Mais rapidement, le domaine d’intervention de l’Amicale recouvrit tous les projets de développement de l’Ecole qu’elle soutint avec dynamisme et efficacité.

Annuaire de la Société Amicale de Secours 1884 © Association ICM

Annuaire de la Société Amicale de Secours 1884 © Association ICM

L’Amicale en actions

Dès 1877, en effet, l’Amicale fut à l’origine d’une pétition pour la création d’une troisième année à l’Ecole, elle intervint en ce sens auprès du Préfet de la Loire, et lança une souscription pour obtenir le financement de l’opération. Elle réussit ainsi à mobiliser les collectivités locales, conseil général et conseil municipal ainsi que les compagnies minières de la Loire, de l’Allier et la Saône et Loire pour finalement obtenir la création de la troisième année à partir de la rentrée 1879.

L’Amicale oeuvra aussi sans relâche pour la reconnaissance du diplôme d’ingénieur des Mines à l’instar de la grande sœur parisienne. L’Ecole devint ainsi Ecole des Mines par décret le 30 novembre 1882 et les élèves sortis en 1891 furent les premiers ingénieurs civils des Mines de Saint-Etienne.

La lutte pour l’égalité fut aussi engagée dès 1889 par l’Amicale pour que les diplômés aient accès à la préparation militaire de sous-officiers (comme les Ecoles parisiennes) et dura jusqu’à la guerre de 14-18.

L’Amicale exerça à plein son rôle de soutien aux diplômés non seulement comme le prévoyait ses statuts en leur octroyant divers secours et soutiens mais aussi en se donnant la possibilité dès 1896 d’affecter « des dons et subventions intéressant la corporation et les progrès de l’Ecole ». On peut citer entre autres le versement de bourses de voyage, le financement de la course géologique et la création en 1902 de prix pour des 2 années en exploitation des mines et métallurgie du fer.

Par ailleurs, l’Amicale se montra soucieuse d’anticiper l’évolution du monde industriel et notamment les conditions de placement des diplômés. Dans ses comptes-rendus de 1888 et 1890, on trouve des plaidoyers pour l’ouverture de la formation à des métiers « non miniers », notamment dans le secteur des chemins de fer, à l’international, voire une préfiguration de l’ingénieur généraliste !

Ces ambitions croissantes nécessitaient cependant une politique active de croissance et une meilleure visibilité. Il était important ainsi que l’Amicale maintienne et augmente ses effectifs, ce à quoi elle s’employa : de 409 membres en 1878, elle passa à 556 en 1888, 677 en 1898, 876 en 1908 et atteignit le millier en 1914. Elle organisa aussi plusieurs manifestations en l’honneur de ses diplômés, professeurs et directeurs célèbres, Boussingault, Grüner, Garnier, à St Etienne et Paris, entretint fidèlement la mémoire des élèves décédés par des nécrologies, différentes notices et cérémonies. L’Amicale eut aussi le souci de rendre hommage aux disparus, victimes des guerres ou du devoir professionnel.  C’est ainsi qu’un monument en l’honneur des victimes du devoir fut érigé dans la «salle des modèles» de l’Ecole à Chantegrillet en 1891. Les actions de l’Amicale obtinrent la reconnaissance suprême par l’obtention de la qualité d’utilité publique octroyée par décret le 30 janvier 1882. Le 10 janvier 1896, elle prit le nom de Société Amicale des Anciens Elèves en élargissant par là -même son domaine d’action.

Monument aux morts et bustes à Chantegrillet © Association ICM

Monument aux morts et bustes à Chantegrillet © Association ICM

Un hôtel pour les ingénieurs

La grande affaire de la Société Amicale au tournant du siècle fut la construction de l’Hôtel des Ingénieurs dont l’idée est mentionnée pour la première fois dans les comptes-rendus de 1894, dont la première pierre fut posée le 27 mai 1906 et qui accueillit la première assemblée générale en 1908.

Le projet de création d’un lieu pour accueillir l’association et ses membres fut adopté en 1897 après un travail d’une commission ad hoc mais ne connut toutefois pas un déroulement sans histoires du fait du coût, de la complexité de l’entreprise et de différents aléas.

Un débat porta d’abord sur l’enveloppe du projet 400 000 ou 600 000 Francs. On visa 500 000 F et on lança une souscription.  Dès  1899, 290 000 francs furent ainsi réunis. L’achat de l’emplacement situé à l’angle de la rue du Grand-Moulin put ainsi être voté en 1900  pour la somme de 239 000 F. Des difficultés liées au plan d’urbanisme se présentèrent et retardèrent significativement la construction jusqu’en 1904 date à laquelle la ville confirma la pleine possession de l’emplacement et autorisa le lancement du concours d’architectes. Celui-ci réunit 18 candidats le 13 mai 1904. Les lauréats furent M.M. : Clermont (fils d’un ancien élève François Clermont, promotion 1862-64) et Teissère (Paris) en numéro 1 ; Lamaizière (St Etienne) en numéro 2 et Hameau (Paris) en numéro 3. Il restait 220 000 Francs pour les travaux, ce qui s’avéra insuffisant.

Dessin des architectes de l’Hôtel des Ingénieurs © Association ICM

Dessin des architectes de l’Hôtel des Ingénieurs © Association ICM

Des difficultés juridiques nouvelles ralentirent le projet mais permirent finalement de relancer la souscription pour arriver à des fonds collectés de 353000 Francs en 1906, toujours insuffisants ( !) mais qui permirent toutefois de commencer les travaux fin mai. Dernière péripétie, l’hiver rigoureux de 1906-1907, un complément de financement obtenu par un emprunt de 200 000 Francs  d’abord (porté à 2600 00 en 1908).

L’Hôtel s’installait enfin, s’ornait des bustes en marbre de Ferdinand Chalmeton, Jules Garnier et Félix Devillaine offerts à l’association et quelques années plus tard de Benoît Fourneyron, Jean-Baptiste Boussingault et Jean-Baptiste Marsaut. L’hôtel se confirma comme un lieu « animé et gai » dans ces années d’avant-guerre mais le remboursement de l’emprunt et son entretien plombaient les comptes de l’Association.

En 1911, on commençait à parler  de la reconstruction de l’Ecole, en danger d’effondrement sur le site de Chantegrillet, mais c’est une autre histoire…

Les Dépêches de la seconde semaine de janvier au fil des 200 ans

Jean Gambut, Le Pic qui chante 1930 n° 38 © Association ICM

Jean Gambut, Le Pic qui chante 1930 n° 38 © Association ICM

Bruno de Robert © L’Espoir

Bruno de Robert © L’Espoir

Mi- janvier 1988 – Bruno de Robert, promotion 1985-88, atteint seul, à – 40°c,  les 7035m du sommet de l’Aconcagua après de nombreuses péripéties dont le vol de son matériel d’alpinisme et de son parapente à Mendoza (Argentine). Bruno de Robert est aujourd’hui responsable d’exploitation chez Lafarge dans l’Aude.

13 janvier 1930  – Ce lundi, Jean Gambut est retrouvé inanimé, intoxiqué dans sa chambre. Il décède dans la journée de mardi après une longue agonie. Cet élève de 3e année fortement impliqué dans le scoutisme, était largement estimé par tous. Le Pic qui chante n° 38 (1930) consacre 8 pages de témoignages et Pierre Chevenard envoya une lettre, lue en amphi de métallurgie le 24 janvier « Notre cher Gambut, en consacrant au scoutisme ses heures de loisir, se préparait à son rôle d’ingénieur social : méditez cet exemple et imitez-le. »

Fiche rédigée par Michel Cournil (EMSE) et Hervé Jacquemin (EMSE)

Références

L’Essor, 13 février 1988

Le Pic qui chante n° 38, pp. 8-14, 1930 – http://bibnum.emse.fr/

École des MINES de Saint-Étienne

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