1816-2016 - Bicentenaire

Louis-Antoine Beaunier

Pionnier et premier directeur de l’École

Le 19 août 1816, Louis Antoine Beaunier est nommé directeur de l’École des Mineurs instituée par l’ordonnance royale du 2 août. Celui-ci marqua profondément les caractères de l’établissement jusqu’à ce jour. Le 7 août 1819, il prononce le premier discours de remise des prix de l’École dans lequel il souligne l’ambition qu’il porte à cet établissement et à ses élèves.

Portrait

Louis-Antoine Beaunier est né le 15 janvier 1779 à Melun. Il est le fils de Catherine-Louise-Clémentine Sourdeau et d’Antoine-Louis Beaunier qui travailla entre autres au ministère de l’Intérieur. Louis-Antoine et son frère Firmin Hippolyte étudient le dessin et la peinture dans l’atelier de Régnault. Mais à la différence de son frère, Louis-Antoine Beaunier s’écarte de la carrière artistique pour intégrer la première promotion d’entrée de l’École des mines de Paris le 9 mars 1795. En octobre 1798, il est nommé ingénieur des mines, mais reste employé au laboratoire de l’École des mines durant dix-huit mois, où il fait de nombreuses expériences. En 1800, à 21 ans, Beaunier visite à ses frais, les montagnes et les mines de l’Auvergne et du Lyonnais. En 1801, il se rend, avec Louis de Gallois, dans les mines de plomb de Poullaouen et d’Huelgoat, ce qui lui permet de faire des essais sur la fonte du minerai.

Louis-Antoine Beaunier, par Hersent (1821) © Musée des Beaux-Arts de Boston.
Louis-Antoine Beaunier, par Hersent (1821) © Musée des Beaux-Arts de Boston.

En 1802, les ingénieurs des mines furent répartis géographiquement selon des résidences fixes. Beaunier s’occupe d’un arrondissement allant de la Seine-et-Marne au Luxembourg. Il développe des qualités exceptionnelles dans la législation des mines, qui auraient été remarquées par l’Empereur lors d’une discussion en 1806. Il les met en application, exceptionnellement et extra territorialement, en 1807 près d’Alès, et en 1809 près de Sarrebruck. Il est nommé ingénieur en chef le 29 juin 1810 dans un arrondissement comprenant le Gard et les Bouches-du-Rhône, où ses compétences sont une nouvelle fois requises. Les évènements le conduisent à se pencher sur les catastrophes minières de Liège. Puis il est invité à régler les difficultés de l’administration à faire appliquer les nouvelles lois sur les mines dans le département de la Loire, où la topographie et la diversité des gisements rendent la tâche complexe. Il lui est confié la direction de la réalisation d’une « Topographie extérieure et souterraine du territoire houiller de Saint-Étienne et de Rive-de-Gier » en 1812-1813. L’ouvrage final est connu sous le nom d’Atlas Beaunier.

Extraits des planches de l’Atlas Beaunier (planches X1 et XXI) avec aigle impérial et signature de Beaunier © Archives des Houillères Bassin Centre Midi, BRGM
Extraits des planches de l’Atlas Beaunier (planches X1 et XXI) avec aigle impérial et signature de Beaunier © Archives des Houillères Bassin Centre Midi, BRGM

En février 1813, il est appelé pour succéder à Duhamel comme directeur de l’école pratique de Geislautern. Bien que cette école forme alors avec l’école du Mont-Blanc la succession de la prestigieuse école des Mines de Paris, l’établissement est essentiellement une coquille vide composée d’une grande usine à fer et d’une mine de houille. Cependant, Beaunier semble être inspiré. Mais, dès 1814, il doit se réfugier à Metz pour fuir l’invasion prusienne. En juin 1815, il est contraint de quitter à nouveau son école, mais cette fois définitivement. Nommé ingénieur en chef de première classe au 1er janvier 1816, il est affecté le 24 juillet 1816 aux départements de la Nièvre, du Cher, de l’Allier et de Saône-et-Loire. Conjointement avec de Gallois, il assure la direction minéralogique de la Loire, pour lui permettre de finir sa mission de régularisation en instituant 56 concessions des mines de houille dans l’arrondissement de Saint-Étienne.

La création de l’École des Mineurs de Saint-Étienne

Dès le 26 janvier 1816, Beaunier expose au Directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines son projet de créer une nouvelle école pour former les directeurs locaux de mines et de l’installer à Saint-Étienne. Sa vision diverge de celle de l’administration du corps des Mines qui souhaite en faire une école d’application destinée à former les maitres-mineurs. L’ordonnance du 2 août 1816 porte création d’une école des mineurs. Le 19 août 1816, Beaunier en est nommé directeur, en plus de ses fonctions. Avec très peu de moyens, il se met à la recherche de locaux, et trouve une petite maison à louer fin octobre 1816. Il doit faire réaliser des travaux, qui prennent du retard, pour la transformer en école. Puis il s’attache à l’organisation des cours en souhaitant former une équipe enseignante avec cinq professeurs. Il comprend rapidement qu’il ne pourra compter que sur le personnel déjà en poste dans la région et qu’il n’est pas question que l’École ait plus de trois professeurs.

Premier site de l’École des Mineurs, actuellement 3 rue du général de Gaulle © H. Jacquemin
Premier site de l’École des Mineurs, actuellement 3 rue du général de Gaulle © H. Jacquemin

Le financement repose sur l’argent qu’il a sauvé de l’École de Geislautern, juste avant de fuir. L’administration centrale n’a pas l’intention d’investir dans l’école stéphanoise, d’autant que le 5 décembre 1816, l’École royale des Mines de Paris est restaurée. Le projet initial de Beaunier comprend l’achat d’une mine, dont les revenus permettraient d’assurer un financement autonome à l’École. Ce ne fut jamais le cas, et l’École stéphanoise dépend alors du financement consenti par l’État. Beaunier réclame longtemps qu’une partie du matériel utilisé par les Écoles du Mont-Blanc et de Geislautern, lui soit envoyée, mais en vain. Il se plaint ouvertement de n’avoir que le rebut d’un choix fait dans le rebut des collections de Paris.

Le programme d’enseignement soumis par Beaunier intègre des bases scientifiques qui rapprochent l’école stéphanoise d’une école d’ingénieur. Le 7 mars 1816, l’administration du corps des mines rappelle à son directeur que la formation de l’école de maitres-mineurs s’adresse à des élèves sortis du primaire, sachant lire écrire et compter.

Ce n’est donc pas sans difficulté que Beaunier réussit le 9 février 1818 à ouvrir son école. Grâce à sa détermination, aux compétences de ses collègues et aux capacités de ses premiers élèves, tels Benoît Fourneyron ou Jean-Baptiste Boussingault, Beaunier impose en partie sa vision. Les places occupées à la sortie de l’École par les anciens élèves correspondent toutes à des fonctions supérieures aux maitres-mineurs. Après avoir lutté pour avoir des règlements qui lui soient favorables, le directeur a fait en sorte de tendre vers une école d’ingénieurs, sans jamais s’opposer frontalement aux règles imposées, par modifications successives. Mais les règlements de 1817 emprisonnent l’École dans un rôle subalterne et menacent sa survie. Une nouvelle ordonnance en 1831 reconnait implicitement le positionnement comme une école d’ingénieurs intermédiaire entre l’École des Mines de Paris et les autres écoles pratiques. Le niveau d’admission et d’enseignement est relevé, permettant une meilleure péréquation entre la formation de l’École, qui conserve son nom d’École de mineurs, et les débouchés qu’elle offre dans l’industrie.

Règlement de l’École des Mineurs, 1817 © Médiathèques de Saint-Étienne
Règlement de l’École des Mineurs, 1817 © Médiathèques de Saint-Étienne

Beaunier est élevé au grade d’inspecteur divisionnaire, le 26 mai 1824, et remplacé par Antoine Delsériès sur l’arrondissement minéralogique de la Loire. Mais il conserve la direction de l’École, bien que sa nouvelle fonction le contraigne à participer aux travaux du conseil général des mines à Paris et à de longues tournées. En septembre 1830, il est nommé maitre des requêtes au Conseil d’état, ce qui l’oblige à quitter Saint-Étienne, tout en restant à la tête de l’École des Mineurs, secondé par Délsériès, qui prend le titre de sous-directeur. Mais il ne quittera jamais complètement la ville à laquelle il a tant apporté. De Bonnard écrit : « Son élection comme membre du conseil municipal de Saint-Étienne, lorsque déjà il ne résidait plus habituellement dans cette ville, est un témoignage frappant de la considération et de la reconnaissance qu’on lui avait vouées ». Sur son caractère il ajoute : « Il conserva toujours cette modestie, qui allait jusqu’à le rendre timide : au Conseil d’État, il ne se décidait qu’avec la plus grande peine à demander la parole, même dans les discussions relatives aux sujets qu’il possédait le mieux. Dans la société, M. Beaunier avait un esprit distingué et simple, original sans affectation, gai et bienveillant. On reconnaissait en lui un tact, une finesse d’observation et de discernement remarquables ; mais sa bonté, sa cordiale aménité étaient plus remarquables encore. » Le 29 janvier 1833, il est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur. Malheureusement, il succombe à la maladie le 20 août 1835, à l’âge de cinquante-six ans.

L’Atlas Beaunier

L’Atlas Beaunier est un document précieux conservé aux Archives départementales de la Loire (Atlas publié sous Louis XVIII http://www.loire.fr/jcms/lw_951275/latlas-beaunier) ainsi qu’aux Archives des Houillères du Bassin centre Midi déposées aux BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), site de Gardanne pour un exemplaire publié sous Napoléon 1er. De Bonnard écrivit qu’il comprenait sur : « une étendue superficielle de près de 26 mille hectares, le nivellement de lignes de plus de 200 kilomètres de développement, le tracé des affleurements des nombreuses couches de houille et celui de l’intersection de toutes ces couches avec un plan horizontal donné, la position de toutes les ouvertures des mines en activité et des mines abandonnées, les plans intérieurs de 67 mines, l’annotation des anciens déhouillements et des circonstances les plus remarquables de l’exploitation, l’indication des moyens d’écoulement naturel des eaux dans les diverses localités, etc., sont consignés dans un atlas de 46 grandes feuilles, un registre de nivellement et un volume de textes, qui contient un aperçu géologique de la contrée, la description des mines de houille, des observations générales sur la richesse, les débouchés, l’administration de ces mines, et des vues d’amélioration. Ce beau travail peut servir de modèle à tous les travaux du même genre… »

L’atlas de 65 planches comprend une carte d’assemblage à l’échelle 1/50 000, 32 plans représentant le tracé des affleurements des couches de houille, des coupes… Il est accompagné d’un mémoire dont un extrait fut publié en 1816 dans les Annales des mines.

http://annales.ensmp.fr/articles/1816/3-91.pdf

Extrait de l’Atlas Beaunier © Archives Départementales de la Loire
Extrait de l’Atlas Beaunier © Archives Départementales de la Loire

Beaunier s’était déjà prêté à cet exercice avec l’Atlas du terrain houiller de la Sarre avec Calmelet en 1810. L’ouvrage est consultable sur http://www2i.misha.fr/flora/servlet/LoginServlet .

Signature de Louis Antoine Beaunier, directeur de l’École des Mineurs © Archives Départementales de la Loire
Signature de Louis Antoine Beaunier, directeur de l’École des Mineurs © Archives Départementales de la Loire

Références

Le premier discours de remise des prix de l’École

La biographie la plus complète est la notice nécrologique établie par son successeur Auguste-Henri de Bonnard, publiée dans les Annales des Mines en 1835 et dans le Bulletin de la Société industrielle et agricole de Saint-Étienne en 1836.

Le 9 mai 1979 se sont déroulées les cérémonies du bicentenaire de la naissance de Beaunier organisées par le Centre d’Histoire régionale de l’Université de Saint-Étienne, sous le patronage notamment du ministre de l’Industrie et du vice-président du Conseil d’État. À cette occasion, trois conférences furent données à l’Université.

Éric Thiou (2016) – Louis-Antoine Beaunier, créateur de l’École des Mines de Saint-Étienne. Revue « Histoire & Mémoire » N° 262, juin 2016.

Discours de Louis-Antoine Beaunier lors de la première remise des prix le 7 août 1819. Pdf

Brève rédigée par Rémi Revillon (historien) et Hervé Jacquemin (EMSE)

École des MINES de Saint-Étienne

158, cours Fauriel
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